Orca's Island 100: Un ultra dans un petit coin de paradis!




Préambule:


Le 100 miles de Orca's Island qui en était à sa 3e édition (un 50 km a lieu au même endroit depuis 2006) a lieu sur la charmante île de Orca dans l'État de Washington. Cette île est situé au nord-est de l'Île de Vancouver, tout juste à la frontière canado-américain. 




Le parcours du 100 miles d'Orca's Island (course organisée par la compagnie Rainshadow Running) est composé de 4 boucles de 25.2 miles comprenant 5 stations de ravitaillement par boucle. Le dénivelé positif (et négatif) total du parcours est assez imposant: 7900 mètres, ce qui fait de cette course un défi de taille. Un autre élément qui ajoute au niveau de difficulté est le fait que les «pacer» (donneur de rythme) ne sont pas admis sur le parcours. La course est annoncé comme un défi que l'on doit relever personnellement. Dès que j'ai vu cette course sur les internet, elle m'a tout de suite attirée par son cachet particulier, par sa nature grandiose et pure et par le fait de pouvoir prendre une pause de l'hiver (même si ce n'est pas Cuba!). 

La course a eu lieu les 9 et 10 février et elle demeure à ce jour une des plus belles expériences d'ultramarathon que j'ai eu la chance de vivre. 

Voici la carte du parcours (boucle de 25.2 miles):


Je vous décrirai le parcours de manière plus détaillée dans le résumé de la première boucle. 


Tower Club:


Logo du Tower Club


Un des éléments particuliers à cette course est la possibilité pour les coureurs d'aller chercher une distinction supplémentaire, comme si l'épreuve de 100 miles à elle-même n'était pas suffisante. Le Tower Club représente le fait de grimper en haut de la tour de pierres surplombant le sommet du Mont Constitution à chacun des tours. Ce défi a pris racine alors qu'un coureur du 50 km avait initialement décidé à chaque année de monter en haut de la tour comme défi personnel. Lorsque l'organisation a mis sur pied la course de 100 miles en 2016, afin de reconnaître cette idée et d'honorer les exploits de ce coureur, ils ont créer le Tower Club. 


Photo de la tour de pierre (prise la veille de la course)

Concrètement, pour être dans ce club sélect, après notre passage au ravito du Mont Constitution (km 32, km 72.6, km 113 et km 153,7), nous devions monter au sommet de la tour de pierre (70 marches environ) afin d'aller poinçonner notre dossard et ensuite redescendre la tour et 8,5 km (une bonne descente!) jusqu'au ravitaillement principal (départ/arrivée) de Camp Moran afin de fournir la preuve à un bénévole responsable du club. Pour notre premier passage à la tour, nous choisissions l'emplacement du poinçon sur notre dossard. Par la suite, le bénévole marquait notre dossard à un endroit précis avec un marqueur afin d'indiquer l'endroit du poinçon pour chacun des trois autres tours. 

Je vous garde le suspense à savoir si j'ai été intronisé au sein de ce club... ;) À lire jusqu'au bout... 

Ah oui, les membres du Tower Club recoivent un t-shirt officiel. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour un t-shirt?!?!? 


Préparation et entraînement hivernal:



Avec le froid sibérien (pour ne pas dire québécois!) que nous avons eu ne m'a certainement pas rendu la tâche facile à l'entraînement. J'ai effectué deux bonnes semaines d'entraînement dans le temps des fêtes (25 décembre au 31 janvier; 1er au 7 janvier). 

Deux semaines de 80 km dont la deuxième avec un total de plus de 4000m. de dénivelé positif. Il ne fut pas évident de trouver des journées pas trop froides pour aller faire des répétitions en montée mais Dame Nature a été relativement clémente. 

Ainsi, le 2 janvier, j'ai été au Mont Rigaud (sanctuaire de Lourdes) afin de faire de très nombreuses répétitions en montées avec comme objectif d'atteindre plus de 1000m. de D+.

2 jours après, je me suis rendu à Prévost au Parc des Falaises, un endroit que j'affectionne particulièrement pour faire des entraînements clés à l'aube d'une grosse course. Cette fois, l'objectif était de faire plus de 2000m. de dénivelé. J'ai donc effectué 12 montées et descentes de la première grosse montée après le Lac Paradis longeant la ligne électrique. Sans contredit l'un des entraînements les plus payant en vue de ma course. 

Avec comme objectif d'atteindre 4000m. de D+, après un dîner de famille à Granby, équipé de ma lampe frontale, je suis retourné au Mont Rigaud dans les gros flocons et la neige qui renfonce afin de faire le dénivelé manquant. 10,6 km avec 802m. de D+

S'en est suivi une semaine de récupération avant une dernière grosse semaine de 109 km dans laquelle je prenais part à une course de 6 heures (dernière longue sortie): le Frozen Ass Mont Royal. Cette course a vraiment très bien été au niveau de la nutrition de l'énergie et de la forme physique. Une belle mise en confiance pour Orca! Un beau 52 km avec 888m. de D+ en 5 h 40. 

S'en est suivi un taper (période d'affutage) de 3 semaines avant le grand jour. 

Quand je repense aux entraînements faits: les répétitions interminables, les sorties au froid, la surface inégale dans les rues, les sorties à la noirceur, les nombreux tours de pistes intérieures, les séances de hot yoga, ça me rend d'autant plus fier! 

Depuis mon abandon au Bromont Ultra en raison de ma tendinite au tendon rotulien, j'ai été consulté un physiothérapeute (Éric Boucher) qui m'a prescrit des exercices de renforcement. J'ai donc fait les exercices sur une base assez régulière et, depuis l'automne, j'ai intégré une séance de Hot Yoga par semaine au studio Moksha Yoga. Ces ajouts à mon programme d'entraînement m'ont permis de bien me rétablir de ma blessure, d'augmenter ma force musculaire et de combler mon débalancement gauche-droite. 


Objectifs pour la course:

Mes objectifs pour Orca's Island étaient les suivants:


  • Après mon lot d'abandons sur les 100 miles en 2017, je voulais terminer et regagner ma confiance sur cette distance titanesque. Le finish était donc l'objectif #1!
  • Secrètement, j'enviais un finish aux alentours de 32 heures mais pas à n'importe quel prix. Rallier la ligne d'arrivée étant plus important que le temps final. 
  • Profiter des paysages et de la beauté des forêts matures de la région Ouest-Pacifique américaine. 
  • Faire une course sécuritaire sans blessure et éviter tout risque d'hypothermie en étant stratégique sur mes choix de vêtements. 

L'avant-course:


Le weekend avant le départ, j'ai pris soin de préparer tous mes bagages et mon équipement pour ma course. Le fait de voyager pour courir un 100 miles exige une préparation méticuleuse au niveau de l'équipement et des vêtements. J'ai créé des listes pour chaque sac de ravitaillement (drop bags) en prenant le temps d'analyser la météo, le coucher et le lever du soleil et le temps approximatif entre les stations de ravitaillement. Pour moi cette étape fait partie du plaisir que j'ai à me préparer et à faire une course de 100 miles. C'est un moment excitant que de préparer ses bagages et de savoir qu'on est à quelques jours de la grande aventure. 



Préparation des bagages et des «drop bags»



J'ai pris l'avion le mercredi 7 février en direction de Vancouver (premier vol) pour ensuite prendre un second petit vol en direction de Seattle. Pour cette course, j'y allais seul, sans ma famille ou d'autres amis coureurs. Comme vous pourrez le constater plus loin dans mon résumé, j'ai quand même trouver le moyen d'avoir ma famille à mes côtés... 


Une fois arrivé à Seattle, j'ai pris possession de la voiture de location pour me rendre à mon hôtel situé au nord de la ville. Premier arrêt: magasin de bière afin d'aller dénicher le fameux nectar de ce coin de pays: la West Coast IPA! J'ai pris un 6 pack de Fremont Lush IPA et un 6 pack de Top Cutter IPA. Petit arrêt à la fruiterie du coin et direction hôtel. 


Une fois à l'hôtel, petite IPA à la main, j'ai entrepris de tout placer dans mes drop bags à l'aide de mes listes. L'avantage de voyager vers l'ouest est le gain de temps (3 heures de moins). Aucun stress pour réaliser cette tâche et aller souper par la suite. 

Vers 17 h 30, je me suis rendu au Woodlands Pizza situé à quelques pâtés de maison de l'hôtel afin d'aller souper et de pouvoir déguster une délicieuse pizza cuite au four à bois (et une autre IPA, tant qu'à être là!). C'était vraiment bon! En faisant l'aller-retour entre l'hôtel et le restaurant, j'ai pu constater qu'il ne s'agissait pas du quartier le plus sécuritaire de Seattle (odeur de cannabis omniprésente, policiers interpellant des itinérants, etc.). Cherchant l'internet sans-fil de l'hôtel, j'ai même vu le sans-fil de la Van #3 du F.B.I. Bref, valait mieux ne pas traîner...

Après avoir écouter une partie de Curling des Jeux Olympiques à la télé, plus capable de tenir debout: dodo à 19 h 30. 

Le lendemain (jeudi 8 février), je quitte l'hôtel pour aller déjeuner et prendre un bon café chez Diva Espresso. Excellent choix! Un bon latte avec un muffin pour bien débuter la journée.  

J'avais ensuite 1 h 30 de route à faire pour me rendre au terminal du traversier à Anacortes. La route s'est bien faite et je suis arrivé de bonne heure au traversier, ce qui m'a permis d'aller marcher sur le bord de l'eau et d'explorer un peu les environs. Après ma petite marche, de plus en plus de gens attendaient en file pour le traversier dont une grande délégation de coureurs d'un peu partout. Le Canada était bien représenté avec une dizaine de coureurs venus de Victoria. La communauté de coureurs d'ultramarathon en sentiers étant sympathique, ouverte et chaleureuse, je n'ai eu aucun mal à aller discuter avec plusieurs coureurs en attendant d'embarquer sur le traversier. Certains avaient déjà fait la course, d'autres non, d'autres en étaient à leur premier 100 miles. L'hétérogénéité des coureurs présents à une course en fait sa richesse! 

 Énorme souche de bois (halte routière quelques km avant le traversier). Je verrai des arbres d'une circonférence semblable pendant la course


Traversier d'Anacortes

Sur le traversier, je poursuis mes discussions passionnées avec d'autres coureurs et je profite des paysages magnifiques que nous offrent les archipels d'îles. 


 Sur le traversier en direction d'Orca's Island


 On peut aperçevoir Orca's Island derrière au loin...


Selfie sur le traversier

Une fois arrivé sur l'île, je me suis dirigé vers la microbrasserie locale Island Hoppin' Brewery où j'ai eu la chance de déguster une India Session Pale Ale, une IPA ainsi qu'une IPA impériale (la Old Madrona). De délicieux nectars et une petite place fort sympathique. 

S'en est suivi un petit arrêt pour dîner au restaurant Wild Island spécialisé dans les bagels, les smoothies et les bols de riz. Pour ma part, j'ai pris un bol de riz végétarien et c'était absolument délicieux. Exactement le genre de nourriture dont j'avais envie en cette veille de course. 

Ayant plusieurs heures à tuer avant l'enregistrement des coureurs à 16 h, la réunion d'avant-course et le souper de pâtes, j'ai décidé d'aller faire un petit tour en voiture au sommet du Mont Constitution, histoire de me familiariser (en voiture) avec la première montée en asphalte du parcours qui serpente sur une distance de près de 5 km. 

Une fois arrivé en haut, j'en ai profité pour aller voir les alentours et pour monter au sommet de la tour en pierres, histoire d'avoir une idée de l'effort à déployer pour faire partie du Tower Club. Malgré quelques nuages, le paysage au sommet était à couper le souffle avec une vue privilégiée sur les îles et le continent. 

 Vue panoramique en bas de la tour.


Vue panoramique au sommet de la tour (à gauche complètement au fond, c'est la ville de Vancouver)


Après cette petite visite de reconnaissance, je suis redescendu en voiture jusqu'au Camp Moran qui se veut le camp de base de l'événement. Je suis allé m'installer dans ma «cabine», sorte de petit dortoir où il était possible de loger pendant la course. Niveau confort, c'était moyen mais la «cabine» était située à 30 sec. à pied du départ (environ 2 minutes après la course :p). J'ai choisi un lit situé au fond et j'ai utilisé le 2e étage du lit pour placer mon matériel (vêtements et équipement) pour le départ le lendemain. 

Je suis ensuite retourné au chalet principal pour aller chercher m'enregistrer et chercher mon dossard. Ce chalet principal servait de lieu de rassemblement pour la réunion d'avant-course et le souper de pâtes mais il s'agissait également du ravitaillement principal de la course. 

Après être allé chercher ma trousse du coureur, un photographe (Matt Cecil) m'a invité à le suivre à l'extérieur afin de prendre quelques clichés pour un portrait de coureur avant et pendant. La première photo se prenait la veille de la course alors que la seconde se prenait au mile 50 (à mi-parcours). 

Voici les liens où vous pouvez voir les photos, un projet intitulé 100 miles eyes - volume II



Honnêtement, j'ai dû être un terrible cobaye pour cette expérience puisque je me sentais mieux pendant. Au mile 50, je flottais sur un nuage et j'étais tout sourire! 

Ensuite, les coureurs ont commencé à arriver et la réunion d'avant-course a eu lieu avec quelques précisions du directeur de course James Varner, un chic type. Il a rappelé les règlements et a mentionné de manière humoristique qu'il était interdit de se cacher dans une «porta-potty» (toilette chimique), référence au coureur Kelly Agnew qui s'est fait pincé récemment pour plusieurs épisodes de tricherie dans des ultras.

Côté météo, nous avons été béni des dieux avec une fenêtre de 4 jours sans une seule goutte de pluie, ce qui est plutôt rare dans cette région... 

Une fois la réunion terminée, j'ai souper en compagnie de Randie, une coureuse de Houston et son mari, Grant que j'ai eu la chance de rencontrer sur le traversier. Randie a été contrainte à l'abandon l'an dernier au mile 75 (3 tours) et revenait pour prendre sa revanche. Au menu, spaghetti avec une sauce végétarienne au tempeh, salade, pain et petit morceau de gâteau au chocolat. 

Après le souper, je suis allé finalisé la préparation de mes trucs pour le lendemain et j'ai piqué une petite jasette avec les autres coureurs séjournant dans le dortoir. 20 h 30, je me couche.. 

MATIN DE LA COURSE:

À 4 h du matin, je ne dors plus vraiment, je suis excité, un peu nerveux et je subit en quelque sorte les effets du décalage horaire. Je réussi à me reposer et à somnoler jusqu'à 6 h du matin, heure à laquelle tous les coureurs commencent à s'activer: déjeuner, préparation finale, pit-stop aux toilettes, etc. 

Vers 6 h 30, je me dirige au chalet principal afin d'aller m'enregistrer officiellement pour la course (Morning check-in) et pour prendre un café. Je me sens bien et je suis dans ma bulle. Je ne voudrais être nul part ailleurs. La fébrilité est à son comble dans le chalet à l'aube de ce défi hors-norme. 

Pour la course, j'ai utilisé ma montre GPS mais en mode heure seulement puisque la batterie ne tiendra pas le coup et que je ne veux pas utiliser de battery pack. Je veux avoir accès à l'heure de la journée en tout temps afin de planifier ma nutrition et afin de me situer dans le temps. J'ai également utilisé une «pacing chart» plastifiée qui me permet de découper la course en segments et de me fixer des objectifs de temps de passage à chaque ravito. La voici:



J'ai également traîné mon dispositif GPS SPOT afin que ma famille et mes amis puissent me suivre à distance à l'aide d'une «shared page». Un suivi était également assuré de la part des organisateurs en collaboration avec UltraSignup. 

PREMIÈRE BOUCLE (Km 0-40):

Départ -10 minutes: Dernier discours du directeur de course à l'intérieur du chalet puis nous nous dirigeons à l'extérieur sur la petite route d'asphalte où le départ sera donné. 

C'est à 8 h que le départ de la course fût donné. Nous étions un peu moins de coureur à s'élancer sur ce parcours de 40 km à répéter 4 fois. Je plongeais vers l'inconnu à chaque pas et j'utilisais ce premier tour pour établir mes repères pour la suite. 

Le parcours débute avec une longue montée progressive sur la route en asphalte menant au Mont Constitution. C'est en alternant course et marche selon l'inclinaison de la route que la horde de coureurs arpentait cette route sinueuse. Nous étions plutôt regroupés et ça jasait beaucoup. J'ai débuté la course en shorts avec un t-shirt, des manchettes et un petit manteau Houdini de type coupe-vent puisque c'était plutôt frisquet. Je dirais 5-6 degrés celcius au départ. La montée m'a permis de me réchauffer et j'ai fini par ranger mon manteau dans mon sac d'hydratation. 

Une fois la montée derrière nous, une descente relativement pentue nous attendait dans la forêt d'arbres matures. Selon les conseils d'un bénévole ayant déjà fait la course, je descend de manière conservatrice histoire de préserver mes quads intacts. Quelques coureurs me dépassent à vive allure. Petite pause pipi en bordure du sentier et on repart. 

Après environ 75 minutes d'effort, je rallie le premier ravitaillement, Mountain Lake en bordure du lac du même nom. Il est situé dans une petite cabane de bois avec un foyer à l'intérieur. Mes bouteilles (2 x bouteille molle de 500ml) sont encore presque pleine alors j'enfile une sandwich au beurre d'arachide et confiture et je poursuis mon chemin sur le sentier qui longe le lac. C'est tout simplement magnifique. J'embarque dans un train de 3 coureurs qui vont à un bon petit rythme conservateur. Je pense à accélérer et les dépasser mais ça ne servirait à rien. Je me plais à suivre les foulées de ce trio. 

Le sentier en bordure du lac finit par laisser place à de petits faux-plats ascendants nous plongeant dans la forêt. Je choisi donc de marcher à quelques reprises afin de conserver mon énergie. Après quelques kilomètres, nous traversons une petite section de ruisseau avec quelques troncs. Je tente de garder les pieds au sec mais c'est peine perdu! S'en suit le début de la très graduelle ascension vers le Mont Pickett. Je marche les montées à un bon rythme toujours en suivant le trio tel D'Artagnan pourchassant les trois mousquetaires. L'environnement dans lequel je me trouve est fascinant. Les arbres sont minces et d'une hauteur vertigineuse et le sentier est entouré d'un lichen vert fluorescent. 

Le sentier fini par descendre et à s'élargir et il faut croire que je n'ai pas vu la pancarte annonçant le sommet du Mont Pickett (je la verrai dans les tours suivants). Une descente nous mène à la station de ravitaillement Mont Pickett située au km 16. Vers 10 h 15, Je rentre dans la petite tente et prend une poignée de jujubes. Un gentil bénévole rempli mes deux bouteilles d'eau (une contenait de la poudre Skratch; boisson électrolytique) et je repars pour un court segment de 6,7 km menant au ravito de Cascade Lake. 

Cette section débute avec quelques bonnes descentes sur un sentier assez large menant à un barrage en amont de Mountain Lake. Un virage à gauche nous amène dans un sentier de type «single track» qui longe une rivière et quelques chutes. C'est magnifique et pendant un instant, je manque de concentration et me vire la cheville. Je marche un peu et laisse passer quelques coureurs. Une faible douleur apparaît mais elle diminue progressivement. Fiou! Plus de peur que de mal! Je poursuis ma progression sur le bord de la rivière dont le débit est imposant. Le sentier est principalement en pente descendante avec quelques courtes montées. Un énorme arbre se dresse devant le sentier qui finit par le contourner. Lorsque je le contourne, j'aperçois... une lune! Mais impossible, on est en plein jour! Il s'agissait d'une coureuse qui remontait ses shorts après une pause pipi, hihihi! 

Le sentier fini par descendre jusqu'à la rivière que l'on doit traverser sur un petit pont. Une vue imprenable sur les chutes Cascade me force à arrêter pour une photo et pourquoi pas, une selfie. 

Cascade Falls

Selfie devant Cascade Falls (environ au km 18) encore frais comme une rose!


Le sentier débouche ensuite sur le Lac Cascade et sur une route en asphalte entourée de terrains de campings. Court retour dans les sentiers pour ensuite déboucher sur la route principale menant à la station de ravitaillement Cascade. Le ravito est situé dans une grosse cabane de bois ouverte avec foyer et poêle à bois. La grande classe! 

Je profite du ravito pour manger un quesadilla et prendre un verre de coke, histoire de faire le plein d'énergie pour la section la plus exigeante du parcours. 

L'arrivée à cette station marque la fin de la récréation dans la mesure où la section suivante de 9,5 km est composée de deux montées imposantes. La première se nomme Power Line. Une montée  extrêmement abrupte d'environ 5 km longeant une ligne électrique avec quelques détours dans le bois moins pentus. Le simple fait de l'écrire me donne la chair de poule. Une descente graduelle nous mène à une seconde montée (Mt. Constitution climb) avec plusieurs «switchbacks» dont certains assez long et relativement pentus.

Je quitte donc le ravito sur un sentier qui continue à longer le lac Cascade. Une petite montée nous amène ensuite à traverser la route où une courte montée abrupte nous attend. Un avant-goût de la montée Power Line... Ensuite, un petit faux-plat ascendant parsemé de quelques petites descentes nous mène à la base de la montée Power Line. 

J'ai pris une photo afin d'immortaliser ce moment mais je vous le garantie, elle ne rend aucunement justice au niveau de difficulté de cette violente ascension. La voici:

Power Line Climb!

Afin de vous donner un repère, imaginez la montée de Lieutenant Dan (Bromont Ultra) en moins technique et en beaucoup plus long. Maintenant, imaginez avoir à la monter 4 fois. C'est à peu près ça... 

Évidemment, lors de la première ascension, le niveau d'énergie et le rythme sont bons et ça ne paraît pas si pire... Cette montée fera des ravages et laissera sa marque plus tard pendant la course. Je monte à un rythme raisonnable et j'apprivoise l'effort que cela exige. J'ai assez chaud et je su à grosse goûtes malgré l'air frais. Environ aux 2/3 de la montée, j'avale un gel afin de m'assurer d'un apport adéquat de calorie pour la fin de la montée et l'ascension suivante. 

Après une cinquantaine de minutes, la ligne électrique est chose du passé et je débute une belle petite descente graduelle en sillon dans la forêt. Le décor est splendide et j'éprouve énormément de plaisir à descendre. Comme le dit bien l'expression anglaise, c'est de la Trail Porn! 

Descente après la Power Line Climb.

À un certain point, ça fait un certain temps que je n'ai pas vu de drapeau et le doute s'installe dans ma tête à savoir si je n'ai pas manqué une intersection. Pourtant, j'ai la certitude de ne pas en avoir croisé. Afin de ne pas prendre de chance, je rebrousse chemin et après 200m. j'aperçois un duo de coureurs qui m'assurent que je suis sur le parcours. Je poursuis donc mon chemin. Une pancarte blanche annonce la fin de la descente et le début de la montée vers le ravito de Mont Constitution. Il faut comprendre que nous avons descendu quand même beaucoup même si c'était graduel alors cette montée en est une bonne. Elle se passe toutefois très bien et le fait de changer de sens régulièrement avec les nombreux «switchbacks» fait en sorte que ça passe rapidement. 

Je rallie le sommet et le ravito de Mount Constitution après 4 h 55 de course. Cette station de ravitaillement où une musique entraînante joue en boucle et où la bière coule à flot (pour les bénévoles et certains coureurs téméraires) est sans contredit le ravito de Party de la course. J'y arrête pour me prendre à manger (j'oublie quoi, excusez ma mémoire...) et remplir mes bouteilles. Les bénévoles m'indiquent ensuite la direction vers la tour de pierre où je poinçonnerai mon dossard pour la première fois. 

Je monte assez facilement les 70 marches et je rentre dans la petite pièce au sommet. À défaut d'y voir le père Fourra, j'y trouve un poinçon et un bouton «Easy» sur lequel j'appuie. Une voix retentit: «That was easy». Oui, c'est vrai, c'était pas si mal mais ça va finir par se gâter... 

 Poinçon et bouton «easy» au sommet de la tour.


Une selfie pour immortaliser ma première montée de la tour. 

Je redescend ensuite de la tour pour attaquer la dernière section de la boucle de 40 km: une descente de 8,5 km composée de 36 switchbacks (une coureuse les a déjà compté) et menant au Camp Moran (ravito principal). 

Je débute donc la descente qui longe une falaise et offre une vue imprenable malgré quelques nuages sur les îles environnantes. Un photographe (Glenn Tachiyama) m'attend pour immortaliser mon passage devant cette sublime carte postale. 

Voici la PHOTO

Sans aller trop vite, la descente se passe relativement bien et je conserve un rythme conservateur. On fini par déboucher sur la route (juste en face de la station Cascade) et un petit sentier avec quelques bonnes montées dont une assez pentue surnommée la Mini Power Line nous mène au Camp Moran. 

À ma grande surprise, je rallie le chalet après 6 h 06 minutes de course. Peut-être un peu rapide mais je me sens bien. Je passe devant le directeur de course qui m'encourage et m'applaudit et je lui dit: «I love your course». Que voulez-vous? C'est encore le coup de foudre. Mais pour combien de temps?

Je rentre dans le chalet et un gentil bénévole rencontré la veille du nom de Darren m'offre son aide. Je lui demande mon drop bag. Un autre bénévole vérifie mon dossard pour le Tower Club et marque un cercle à un autre endroit pour le 2e poinçon. 

Plus tôt dans le résumé, je vous ai mentionné que j'avais trouvé une façon que ma famille puisse m'accompagner mentalement. La voici. À la fin du 1er tour, j'aurai la chance d'ouvrir un mot d'encouragement composé par Guillaume, mon beau-fils . À la fin du second tour, j'ouvrirai une lettre de Joanie, ma belle-fille et à la fin du 3e tour celle de ma blonde, Véronick. L'entente veut que je doive absolument me rendre à la lettre pour pouvoir la lire. Un abandon signifiant que le message ne me sera jamais communiqué... 

Cette stratégie de course et de motivation a été fait à ma demande et j'en suis grandement reconnaissant à ma famille. Ce fut vraiment une belle source de motivation et malgré la distance, je pouvais compter sur leur support. 

Guillaume m'a écrit un bref message dans lequel il m'encourageait! J'étais bien heureux de lire ce mot. 

J'ai profité de cette petite pause pour manger quelques M&M, boire un grand verre de Coke et manger un Perogi (sorte de pâtes aux patates). Je change également de chandail pour demeurer au sec. 

À la sortie du ravito, Darren me demande si j'ai tout ce qu'il me faut et si j'ai ma lampe frontale pour affronter la noirceur. Je lui répond par l'affirmative. 


SECONDE BOUCLE (Km 40-80):

C'est parti pour une 2e boucle! J'entâme celle-ci encore à la clarté puisqu'il est environ 14 h 15. 


La montée du chemin asphalté se fait sans histoire et je rejoins les sentiers. C'est une belle montée avec des points de vue intéressants mais je préfère nettement la trail au bitume. 

Vue à partir de la route menant au Mont Constitution (on peut aperçevoir Cascade Lake en bas).


Je descend ensuite les pentes escarpées menant au ravito de Mountain Lake et j'aperçois des sushis à la mangue et noix de cocos sur la table du ravitaillement. J'en prend quelques-uns take-out (pour emporter) en prenant toujours le soin de remercier les bénévoles! Quel délice. 

Je me rappelle avoir eu de très bonnes sensations en courant autour du lac et en me dirigeant vers la montée du Mont Pickett. Je me sentais presque mieux qu'au premier tour... 
Une fois arrivé au ravito du Mont Pickett vers 16 h 50, j'en profite pour troquer ma casquette pour un bandeau et ma lampe frontale puisque le soleil se couchera bientôt (vers 17 h 45) et que l'ombre des arbres géants accentuent la noirceur déjà dans la forêt. 

La courte section menant à la station de ravitaillement Cascade se passe bien et j'allume et je referme ma lampe frontale par endroits, selon le niveau de luminosité. J'arrive au ravito et j'enfile 2 quesadillas ainsi qu'un verre de Ginger Ale. Me voilà fin prêt à attaquer la monstrueuse ligne électrique à nouveau. À partir de ce point, la noirceur s'installera pour environ 14 heures. 

Étonnamment, les deux montées se passent bien et je prend un gel au même endroit dans la montée Power Line puisqu'il s'agissait d'une stratégie gagnante au premier tour. J'ai remis mon manteau à un certain point pendant cette 2e boucle mais j'ai peine à me remémorer à quel endroit. Plus j'approchais le sommet du Mont Constitution, plus je sentais la température diminuer. 

En arrivant au ravito de Mont Constitution, j'en profite pour demander mon drop bag et changer de manteau. J'échange mon manteau houdini Salomon qui est relativement trempé de sueur pour un manteau sec: le Patagonia RainShadow jacket avec sa membrane totalement imperméable. Il est un peu plus chaud. Je profite de ce répit pour prendre un  verre de bouillon de poulet. Ça me réchauffe et ça fait du bien. Plusieurs coureurs effectuent des changements de vêtements et le ravito vibre au son de la musique «Dance» des années 90. 

Je quitte le ravito pour aller au sommet de la tour. Peu avant d'y arriver, j'aperçois Grant, le mari de Randie (coureuse) qui m'offre de m'accompagner au sommet de la tour par curiosité. Je m'y rend et poinçonne à nouveau mon dossard à l'endroit indiqué par un cercle. Grâce à la lueur de sa lampe frontale, je peux prendre une 2e selfie.

2e selfie dans la tour de pierre. 

Je quitte ensuite pour la longue section de descente menant au Camp Moran et à la mi-parcours. Je me sens vraiment bien et j'ai l'impression de voler littéralement. 

C'est dans un état d'extase que je rallie la mi-parcours avec un temps total de 13 h 30 minutes, ce qui est au-dessus de mes attentes. Avant d'entrer dans le chalet, je vais voir Matt le photographe pour le portrait des coureurs et j'ai le sourire scotché dans la face au moment où il prend la photo. 

Je rentre dans le chalet et le bénévole responsable du Tower Club effectue sa vérification et marque un X pour le prochain poinçon. Plus que 2! Darren m'offre encore gentiment son aide. Quel chic type! Je profite de la mi-parcours pour faire un changement de bas et de souliers. Je suis conscient que des ampoules ont fait leur apparition mais ça ne m'ennuie pas trop à ce stade de la course. Je nettoie mes pieds, applique un lubrifiant et enfile une autre paire de bas (Injinji) et je troque mes Saucony Peregrine pour mes Saucony KOA ST, un modèle un peu plus coussiné. 

Qui dit arrêt au Camp Moran, dit lettre de ma famille. C'est au tour de Joanie de me transmettre ses encouragements par écrit. Elle me dit de ne pas lâcher et son message me touche et m'encourage. Je profite également de cet arrêt un peu plus long pour manger un morceau de pizza végétarienne et boire un peu de coke. J'ajoute aussi une pelure de vêtements: un chandail en laine Merino. Je change aussi de paire de gants puisque celle que j'utilisais est mouillée par la sueur. 

Je remercie Darren et l'ensemble des bénévoles et je repars pour le 3e tour. Après seulement quelques pas dehors, je me remet en question sur mon choix vestimentaire pour le bas du corps. J'avais l'intention de repartir en short mais ça devient frisquet. Je rebrousse aussitôt le chemin pour rentrer à nouveau dans le chalet et mettre une paire de pantalon. Ça s'est avéré être un choix éclairé pour la suite...


TROISIÈME BOUCLE (Km 80-120):


Me voilà parti pour un 3e tour. Je suis conscient qu'il ne sera pas facile puisque je devrai naviguer dans le noir pour la totalité de cette boucle. 

Je monte à nouveau la route jusqu'à l'entrée des sentiers. Je sens que ma lumière faiblit légèrement. Pourtant, j'ai pris la peine de prendre des batteries au lithium. J'ai une paire de batteries de rechange dans mon sac d'hydratation et je changerai de batteries en arrivant à la station de Mountain Lake. 

J'alterne course et marche dans la descente vers le ravito. J'arrive au ravitaillement et je prend à nouveau des sushis à la mangue puisque je les ai adoré. 

Je quitte pour le tour du lac et la montée vers le Mont Pickett. À ce stade-ci, encore de l'alternance marche-course mais un peu plus de marche qu'aux deux tours précédents. Juste au moment de débuter la montée vers le Mont Pickett, deux coureurs filant à vive allure me dépassent à environ 3-4 minutes d'intervalle. Ils sont en feu. Un autre coureur avec qui je jouerai au chat et à la souris pendant un certain temps m'informe qu'il s'agit des deux meneurs et qu'ils en sont à leur dernier tour. Impressionnant! 

Toujours en enchaînant des séquences de course et de marche, je me rend à la station du Mont Pickett où je prend encore des jujubes et de la boisson gazeuse. S'en suit la courte section vers Cascade mais elle est m'apparaît moins courte tout d'un coup puisque le rythme est plus lent. 

Après la station Cascade, je monte le mur Power Line pour une 3e fois et je croise peu de coureurs pendant cette montée. Il est quelques heures passé minuit et le niveau de fatigue se fait sentir. Je m'endors de plus en plus en marchant et j'envie une sieste. C'est une stratégie que je n'ai jamais testé alors au diable le sommeil. Quelques claques dans le visage me ramènent à la réalité. La fatigue me fait également voir de drôles de formes dans le bois dont certaines bougent et se déplacent. Mon cerveau me joue des tours... Un autre coureur a même vu Yoda. J'aurais bien aimé le voir, étant un fan de Star Wars... 

L'effort que la montée de Power Line m'a demandé cette fois était plus élevé que les deux montées précédentes et je fini tant bien que mal par atteindre la descente graduelle qui se veut un court répit avant la montée du Mont Constitution. Plusieurs formes blanches dans la forêt ressemblent étrangement à la pancarte annonçant cette montée et à chaque fois que je crois y être, je me rend compte que ce n'est que des écorces d'arbre. 

La montée vers le ravito du Mont Constitution fini par se pointer le bout du nez. Comme il s'agit de switchbacks, je peux aperçevoir quelques lampes frontales en bas de la côte. À ce stade de la course, le peloton de coureurs est étiré. 

À 4 h 42 du matin, j'arrive pour une 3e fois au ravito du Mont Constitution où je m'arrête le temps d'une soupe poulet et nouilles. Je demande une cuillère et un gentil-bénévole m'apporte une cuillère géante, une pelle! Nous nous esclaffons! Il fait relativement froid au sommet, plus que lors de mon dernier passage. Le mercure est sous le point de congélation. 

Je ne m'y attarde donc pas trop et je remonte à nouveau au sommet de la tour de pierre. Trop froid pour une selfie! Tant pis! 

La vue sur le continent et les villes illuminées est magnifique. Et que dire du ciel étoilé avec ses centaines de constellations... 

J'entâme la descente vers le Camp Moran en débutant avec beaucoup de marche et en courant la dernière portion à un rythme surprenant, compte tenu que j'ai dépassé le cap du 100km. 

Vers 6 h 30 du matin, je rejoins le ravito principal à nouveau. Secrètement, je m'étais donné comme objectif de compléter les 3 premiers tours sous la barre des 24 heures. Après 22 heures et demi, mission accomplie!

J'aurai enfin la chance de lire la lettre de Véronick. 

J'entre dans le chalet. Point de contrôle pour le Tower Club: tout est en règle. Il me dessine un #27 pour le 4e et dernier poinçon. Je ne vois pas Darren qui est sans doute partie se coucher quelques heures. Sa présence familière était rassurante... Petite pause aux toilettes.

Je m'informe ensuite sur la météo pour la journée et on me dit que ce ne sera pas très chaud.

Je profite de cette pause pour changer de chandail (base layer) et pour manger un peu. J'ouvre la lettre de Véronick et cela pique la curiosité de James (parlant de piquer, mes yeux piquaient un peu...), le directeur de course qui me demande de quoi il s'agit. Je lui explique ma stratégie des lettres et il trouve ça vraiment intéressant et touchant. 

Véronick m'écrit que je peux me l'imaginer avec moi dans les sentiers, en avant si je veux qu'elle me tire, en arrière, si je veux qu'elle me pousse ou à mes côtés pour m'accompagner... Elle conclut en disant: Assez de lecture, la trail t'attend. 

C'est le coup de pied dans le derrière dont j'avais besoin à ce moment-là. Elle avait écrit sur la lettre que je pouvais l'ouvrir après 3 tours sur 4 ou... jamais! 


DERNIÈRE BOUCLE (Km 120-160):


Je repars pour une dernière boucle et j'ai beaucoup de temps en banque pour un finish sous le temps limite de 36 heures. 


Cette boucle, sans entrer dans les détails, fut extrêmement difficile physiquement et mentalement. Les sections me semblaient interminables, les ampoules sous le pied se multipliaient. Ma théorie est que j'ai pris des vieux bas et que je devrais dorénavant m'acheter de nouvelles paires de bas pour mes 100 miles. On en apprend toujours. Le genou gauche présente un inconfort et mes quadriceps sont en feu. 

Dans cette ultime boucle, la marche l'emportera souvent sur la course. Je pense beaucoup à ma famille. Aucune pensée d'abandon m'anime puisque je sais pertinemment que je me rendrai au bout. L'avantage de refaire la même boucle plusieurs fois est qu'on est en terrain connu mais de savoir ce qui nous attend peut également être terrifiant, voir déstabilisant. 

Lors de la montée sur la route, le soleil se pointe le bout du nez. Aucun nuage à l'horizon. Une belle journée en perspective à arpenter les sentiers. 

Le soleil se lève sur Orca's Island.

Lorsque j'arrive à la station de Mountain Lake, du bacon et des oeufs sont en train de cuire. Je m'informe sur les délais de cuisson et on me dit environ 5 minutes. Je vais m'asseoir près du foyer dans la cabane en attendant que le déjeuner soit prêt. Je cogne des clous assis sur le banc. Je prend trois délicieuses tranches de bacon et je repars en remerciant les bénévoles. 

Je m'efforce à courir la section plate autour du lac du mieux que je peux. La section menant au ravito du Mont Pickett ne finit plus. Je suis toutefois conscient que c'est la dernière fois que je passe devant chaque arbre, chaque roche et qu'un pas à la fois, je m'approche de mon but ultime. 

Je fini par rallier le ravito de Mont Pickett à 10 h 06 et en faisant des calculs, je me fixe comme objectif de me rendre à celui de Cascade avant midi, ce que j'arrive à faire. 

Au moment de passer devant les chutes Cascade, Glenn le photographe est là pour immortaliser le moment. Je cours sur le pont pour la forme. 

Voici la PHOTO

Moins d'un kilomètre avant le ravito de Cascade, j'ai à nouveau envie. Comme par miracle, en bordure de la route, il y a une cabane avec des toilettes. J'y fait une petite pause. 

Lorsque j'arrive à Cascade, les traditionnels quesadillas m'attendent. J'en beurre même mes gants. 

S'en suit la dernière montée de Power Line et du Mont Constitution. Cette section fut difficile et éprouvante mais en mettant un pied devant l'autre, j'y suis parvenu. 

Le dernier arrêt au ravitaillement de Mont Constitution est annonciateur d'espoir. Mile 95. Les bénévoles sont en feu littéralement. Ils savent que ce passage marque une étape importante de la course. J'ai les jambes en feu et je sais que je devrai sans doute marcher l'ensemble de la descente pour conclure cette épreuve. 

Après avoir manger, je remercie les bénévoles et quitte une dernière fois la station de Party! Dernière montée de la tour à un pas de tortue. Une selfie dans laquelle on peut percevoir la fatigue dans mes yeux. Avant de grimper la tour, une dame me demande si je fais la course et à quel point j'en suis. Je lui répond: Mile 95 and more than 30 hours into the race. Elle est impressionnée et me félicite. 

En sortant de la tour, je prend une autre photo. Nous avons une vue spectaculaire sur le Mont Baker situé dans l'État de Washington. 

 4e et dernier selfie dans la tour de pierre. Tower Club Baby!

Un paysage de carte postale avant la descente finale.

Je descend ensuite les nombreux switchbacks en essayant tant bien que mal d'adopter un rythme de marche rapide malgré la douleur musculaire, l'inconfort au genou et la douleur des ampoules. J'ai hâte d'en finir! Selon mes calculs, je franchirai le fil d'arrivée un peu après 16 heures donc un peu après 32 heures de course. 

C'est donc après 32 heures 22 minutes et 31 secondes  (heure d'arrivée: 16 h 22) que je complète cette épreuve de titan. Le directeur de course m'attend pour me serrer la pince. 

J'entre dans le chalet et à ma grande surprise, tous les gens présents commencent à m'applaudir. Quel bel hommage! Un bénévole m'invite aussitôt à m'asseoir et me tend une bière en me félicitant. Je bois quelques gorgées en fixant le vide, les larmes aux yeux. Je peine à réaliser ce que je viens d'accomplir. Un 100 miles, c'est la vie dans un bocal. On vit des hauts et des bas et des montagnes russes d'émotion. 

Je vois Darren que je remercie chaleureusement pour son aide et son suppport. 

Je commence à grelotter et me dirige vers le dortoir afin de me réchauffer et de prendre une bonne douche chaude. Ensuite, retour au chalet pour festoyer (2 autres bières et quelques pointes de pizza). À 19 h 30, je suis complètement extenué et je me dirige vers le dortoir pour aller dormir. 



La cérémonie de remise de prix: 



Le lendemain matin, je pli bagage et me dirige vers un petit café (Brown Bear Bakery) pour aller déjeuner en compagnie de David un autre coureur. Je prend un bon café latté ainsi qu'une viennoiserie. 

Il y a ensuite la cérémonie de remise de prix dans laquelle le directeur de course reconnaît d'emblée le travail des bénévoles et ensuite les accomplissements individuels des coureurs. Il est 10 h le matin et ils servent de la bière. Pourquoi pas? 

Cérémonie de remise de prix.

James invite l'ensemble des coureurs ayant fait le Tower Club à monter sur scène pour recevoir le t-shirt. Il s'agit en fait de presque la totalité des coureurs. 

La cérémonie est vraiment bien organisée et le directeur de course a des petits cartons sur lesquels il lit une anecdote personnalisée pour chacun des coureurs. Pour ma part, il a parlé des lettres comme quoi ma famille a trouvé le moyen de m'accompagner malgré la distance. 

On reçoit un «hoodie» de finisher ainsi que notre boucle de ceinture tant convoitée. De couleur cuivrée, arborant le logo de la course, elle est tout simplement magnifique. 

Boucle de ceinture du Orca's Island 100. Mon précieux!



Bilan:

Si je reviens sur mes objectifs que je m'étais fixé pour cette course, je peux dire mission accomplie. J'ai terminé avec un temps respectable. Je termine 43e sur 69 finishers (22 DNF). Le positionnement m'importe peu... 

Cette course m'a permis de regagner confiance sur la distance de 100 miles et met la table pour le reste de la saison. Il s'agissait d'un 7e finish sur la distance de 100 miles dans mon cas. 

Ça faisait plus de 10 mois que je n'avais pas vécu un tel sentiment de fierté et d'accomplissement relié à un fil d'arrivé. Je suis reconnaissant de pouvoir vivre de telles expériences. Merci la vie! 


Et pour la suite?


Je me repose présentement afin de repartir sur des bonnes bases pour la suite. 
Je recommencerai graduellement la semaine prochaine avec des entraînements en fractionné (course/marche) et de l'elliptique. 

Ma prochaine course est le 100 miles de Massanutten Mountain Trail en Virginie les 19-20 mai prochainoù nous serons une dizaine de québécois. Il s'agit pour moi de ma course qualificative pour la loterie du Western States donc l'enjeu est de taille. 


Commentaires

  1. Superbe récit Vincent, d'abord Félicitations pour l'ensemble de l'oeuvre, merci pour le partage, les trucs appris et puis là... tu m'as vraiment donné le goût de vivre cette magnifique course en 2019 ou 2020!

    Ce sera un plaisir de nous retrouver pour le MMT100 en mai, tu pourras m'en raconter d'avantage :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Pierre! Bien hâte de te voir à Massanutten!

      Supprimer
  2. Merci Vincent pour ton récit que je trouve très inspirant. J'ai pris plaisir à te lire tout en prenant une bonne IPA :) A la prochaine...

    Simon

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Bromont Ultra 2017: le jour de la marmotte...

Récit du Zion 100: Don't mess with the mesas!