''If you're going through hell, keep going'' ;)

PRÉAMBULE:

Vendredi dernier avait lieu ma troisième course de la saison, le Ultimate XC 120km. Une épopée unique en son genre puisque le départ avait lieu le soir (avec course de nuit à la lampe frontale) et l'arrivée en fin de journée, ce qui est assez atypique des autres ultramarathons. Cette course marquait pour moi un retour aux sources puisqu'il y a 2 ans exactement, j'y courais mon premier Ultramarathon de 58 km. D'ailleurs, jamais je n'aurais cru y retourner 2 ans après pour faire le double. La vie est parfois drôlement faite...



Le 120km avait pour but de sensibiliser les gens à la maladie mentale et à la prévention du suicide. Avec un départ de nuit et une fin de jour, il y avait une belle analogie à faire puisqu'après une période sombre, le soleil fini toujours par refaire surface! Cela n'a rien à voir avec la cause ou la maladie mentale mais dernièrement, j'ai eu moi-même à faire face à une rude épreuve de la vie: une rupture amoureuse. La course à pied m'a beaucoup aidé à traverser cette épreuve. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la course n'est pas un moyen pour moi de fuir la réalité mais bien de me ressourcer pour pouvoir mieux l'affronter. 

RÉCIT DE COURSE:

J'ai pris la route vendredi après-midi pour St-Donat puisque nous devions nous réunir à 5h00 dans un restaurant pour discuter de la logistique de la course (parcours, échéancier, ravitaillement, etc.). Au menu, pâtes, salade et pain à l'ail. En vérité, c'était plus un plat de salade avec un side de spaghetti mais bon... Mes parents sont venus me rejoindre pour pouvoir me voir partir et arriver le lendemain. Lors de la réunion, Dan Des Rosiers (organisateur de la course) a eu la gentillesse de prendre le # de cellulaire de mes parents pour les informer de ma progression sur le parcours. Hé oui, un coeur de mère reste un coeur de mère, même rendu à 28 ans! ;) 

Pour cette course, j'avais la chance d'être accompagnés de coureurs hors-pairs mais surtout de gens d'exception: Joan Roch, Tomas Luis Lopez, Donald Audet, Benoit Beaupré, Martin Rouillard et Pierre Lequient. Tous des gens passionnés de course, de dépassement et de la vie en général. La table était donc mise pour une expérience unique. Pour l'occasion, nous nous étions d'ailleurs surnommé les 7 mercenaires! 

Une fois la réunion terminée, l'heure était aux derniers préparatifs: préparation des sacs de ravitaillement, de l'équipement, etc. Le départ était donné pour 8h30 dans le stationnement derrière l'hôtel de ville. 



Pour l'occasion, une trentaine de coureurs et supporteurs sont venus nous encourager. C'était un départ bien simple, à la bonne franquette mais cela avait un cachet particulier de faire un petit bout de course dans la ville avant de s'engager dans les sentiers. 

Et c'est parti! Nous avions comme plan de rester groupés pendant la nuit, jusqu'à la mi-parcours. Le premier 5 km s'est très bien fait, parcours assez plat et peu technique qui menait à la première ascension, le centre de ski La Réserve. La montée s'est très bien faite et nous sommes arrivés au sommet aux alentours de 9h30-9h45 avec un paysage féérique, une fin de coucher de soleil sur les lacs et les montagnes au loin. Nous avons profité de l'arrivée au sommet pour prendre une petite collation bien assis dans le confort du remonte-pente, ce qui a laissé place à cette petite photo cocasse:


Une fois la brève pause terminée, nous avions droit à une descente assez à pic et technique dans laquelle le groupe s'est scindé en deux puisque dans le groupe, il y avait quelques chèvres de montagnes en quête de sensations fortes. En bas de la descente, nous (le second groupe composé de Martin, Pierre, Donald et moi) avons hésité un moment puisqu'on ne voyait plus les rubans roses (rubans que nous devions constamment côtoyer au long du parcours pour nous dicter le droit chemin). Après une discussion avec une voisine de l'endroit qui ne comprenait pas ce qu'on faisait à courir là à cette heure là. Dans ma tête, je me disais, allez vous recoucher Madame, il n'y a rien à comprendre... 

S'en est suivi un sentiers de VTT assez roulant et assez long qui nous menait à la section la plus épique du parcours baptisé le Vietnam, un mélange de ruisseaux, de marécages et de boue. La route menant au Vietnam nous a offert un spectacle incroyable avec le ciel étoilé et les luciolles qu'on pouvait à la limite confrondre avec des lampes frontales par moment. Le Vietnam est une section d'une distance de 4 km qui, de jour, prenait en moyenne 1h30 aux coureurs à parcourir, pour vous donner une idée... Pour la traverse du Vietnam, Dan Des Rosiers est venu nous rejoindre. Au début du Vietnam, il a dit, je vais vous faire vivre la véritable expérience du Vietnam, fermez vos lampes frontales, chose que nous avons fait pour le premier ruisseau. Quelle expérience inoubliable digne des Navy Seal américains! 

Une fois passé la galère du Vietnam, Dan s'est rendu compte que des cabochons (le mot employé ici est faible) ont vandalisé son parcours en déplaçant des rubans pour faire perdre la route aux coureurs. Après quelques jurons, il nous montré le bon chemin et nous sommes repartis quelques kilomètres jusqu'au premier ravito avec nos sacs. L'occasion pour moi de changer de souliers et de bas, histoire de repartir au sec pour les prochains 80km... 



Lors de cette pause, nous étions un peu en avance sur notre échéancier pour arriver à temps pour le départ du 60km prévu pour 6h45 le lendemain matin mais nous n'avions pas une énorme marge de manoeuvre. Il nous faudrait donc accélérer légèrement le rythme. C'est si facile à dire mais courir en plein milieu de la forêt la nuit amène son lot de difficulté. Par endroit, les fougères recouvraient complètement le sentier et il nous était presque impossible de courir puisque le sentier contenait des roches et aucun risque de blessure à prendre. C'est sans compter toute la concentration nécessaire de courir dans des sentiers techniques avec comme seule luminosité, notre lampe frontale! À 1h30 du matin, petit down de fatigue. J'ai donc pris un gel avec de la caféine et ça m'a donné un boost pour la suite. 

Lors de cette section, le groupe s'est encore une fois séparé en deux. J'ai été en mesure de suivre les gazelles à l'avant pour un petit bout et je suis ensuite resté seul, entre les deux groupes jusqu'à la fin de l'ascension de la Montagne Noire, le plus haut point de la course. J'ai ensuite attendu mes comparses du second groupe (Martin, Pierre et Donald) et nous avons couru ensemble pendant ce qui nous a semblé être une éternité jusqu'au deuxième ravito du Lac à l'appel (km 41).

À ce moment Pierre a sorti une citation de Winston Churchill (2ème guerre mondiale):
'' If you're going through hell, keep going''   

Le parcours était infernal mais l'expérience paradisiaque! 

 Un peu avant le lac à l'Appel, en regardant ma montre, j'ai vite constaté que nous aurions beaucoup de difficulté à arriver à la mi-parcours dans le délais prévu. Avec un départ à 8h30, nous avions grandement sous-estimé la course de nuit... Une fois rendu au Lac à l'Appel, nous avions 1h00 de retard pour être à temps pour le départ de 6h45. Nous devions donc prendre un raccourci, c'était inévitable. Le groupe de tête était parti du Lac à l'Appel environ 5 minutes avant notre arrivée. Je profite de ce ravito pour manger quelques jujubes et boire un coke. Ce ravito marquait la fin pour Donald, ennuyé par une blessure. 

En regardant la carte, notre plan (à Martin, Pierre et moi) était de continuer pour 6,5km dans les sentiers et de couper vers la route pour un autre 3-4km, ce qui nous permettrait d'arriver à la mi-parcours à temps. Un scénario quelque peu décevant compte tenu que nous nous attendions à courir 100% dans des trails. 

Lors de notre départ, nous avons commis une erreur en ne portant pas attention aux indications et avons emprunté le sentier (contenant également des rubans roses) menant au départ du 38km. Une fois arrivé à la route, nous n'avions pas le choix: un 10km de route nous attendait sur le chemin du Nordet pour arriver au stationnement marquant la mi-parcours et le départ du 60km. Un 10 km de route comme ça, ça mine beaucoup le moral, surtout que ce n'était pas plat. J'ai dis à Pierre et Martin de courir à leur rythme à l'avant et que je les rejoindrais au stationnement. Je peinais à courir un bon rythme sur l'asphalte, pas autant par fatigue mais par démotivation de ne pas respecter l'itinéraire. J'ai marché quelques montées et j'ai accéléré vers 6h00 du matin pour rejoindre le stationnement rapidement. Pas question de me faire croiser par les autobus des coureurs du 60km. C'est fou ce que l'orgueil peut nous faire avancer... 

Une fois arrivé au stationnement, après 55km de course, j'étais pas mal certain de ma décision d'abandonner la course. Le groupe de tête composé de Joan, Tomas et Benoit nous a rejoint au stationnement et malgré le fait que ce soit des coureurs rapides et expérimentés, ils ont tout de même du couper 3km au parcours pour arriver à temps. Benoit avait décidé de ne pas repartir, ennuyé par une douleur derrière la jambe. Pierre et Martin s'enlignaient également pour abandonner la course. Pierre, n'ayant pas remis de bas après le Vietnam avait les pieds quelque peu maganés. Inutile  pour lui d'empirer la situation trois semaines avant le 100 Miles du Vermont. Joan semblait décidé plus que jamais à repartir, lui qui ne traine ni nourriture ni eau. Du minimalisme à son état pur. Tomas, quant à lui semble ambivalent. Il finira par se faire convaincre par un coureur du 60 km de reprendre le chemin. 

Le départ du 60 km approche et seulement 2 des 7 mercenaires prendront le chemin du retour. Les coureurs du 60 km, en sortant de l'autobus, nous applaudissent et viennent discuter avec nous. Nous leur mentionnons que nous ne repartirons pas. 

Dan Des Rosiers y va de son traditionnel discours de départ:

''Si yen a qui ont choisi le 60km du Ultimate XC pour faire leur premier Ultramarathon... 
Vous êtes en train de commettre une grave erreur'' s'élance t-il 30 secondes avant le signal de départ

Il y a deux ans, lors de son discours en anglais, il avait dit:

'' I will explain to you how slowly you're gonna die '' Ça donne une bonne idée du genre de parcours. 

Rien de rassurant pour les quelques néophytes s'élançant sur le parcours. Néophyte dont je faisais parti il y a deux ans... 

APRÈS-COURSE:

Nous finissons par retourner en ville avec Patrick, un bénévole dévoué qui nous a suivi toute la nuit que je remercie grandement. 

Je suis allé rejoindre mes parents au Bed and Breakfast et j'ai pris une bonne douche, suivie d'une petite sieste de 2 heures, histoire de me remettre de cette nuit blanche. 

Ensuite, rendez-vous à l'arrivée pour encourager les coureurs et boire quelques bières en jasant de tout et de rien mais surtout de course! ;) 

Tomas a fini par abandonner après 83km de course. 

Joan, avec une détermination sans borne, est le seul survivant du 120km, lui qui termine l'épreuve tout juste sous la barre des 20 heures. C'est vraiment une légende! Je lui lève mon chapeau pour ce bel exemple de persévérance malgré l'adversité de ce parcours impitoyable. 

BILAN:

Somme toute, je considère cette expérience comme étant extraordinaire et je suis nullement amère de mon abandon. Le plaisir n'était plus au rendez-vous à la fin, surtout après 10km de bitume! J'ai eu le plaisir de courir avec des partners incroyables avec lesquels je souhaite grandement avoir la chance de fouler le sol prochainement. 

Les paramètres (heure de départ et temps limite d'arrivée) sont définitivement à revoir pour cette course mais nous ne pouvions les prévoir à l'avance. 

Au niveau de la forme, je suis très satisfait puisque j'avais une bonne vitesse et j'arrive à gérer mon effort de belle manière malgré le dénivelé. 

Merci aux 6 autres mercenaires (Joan, Tomas, Pierre, Martin, Donald & Benoit), à Dan Des Rosiers, un super organisateur de course, à mes parents de m'avoir accompagner et à mon coach, Éric Deshaies pour la super préparation. 

Félicitations à tous les autres coureurs! It's All Good! 

ET APRÈS...?

La prochaine et dernière course de ma saison est le plat de résistance... Le 100 Miles d'Eastern States en Pennsylvanie (première édition de cette course) avec ses 6000m. de dénivelé positif et son temps limite de 36 heures, cela représente un défi de taille. 

A+

Vincent 


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Récit du Zion 100: Don't mess with the mesas!

Bromont Ultra 2017: le jour de la marmotte...

Winter Beast of Burden 100: DNF, monotonie, méditation et Miller Light...